Les yeux de l’escargot  -   Sylvie Weil Info

 

La shadchen, la marieuse professionnelle, quand elle avait téléphoné à Esther pour lui proposer la rencontre, avait, comme il est d’usage, insisté sur les qualités morales du jeune homme, sur son érudition, et sur le fait que deux de ses ancêtres avaient été de grands rabbins, là-bas, en Pologne. Et puis, avait-elle ajouté, il est joli garçon, ce qui ne gâche rien.
Esther avait déjà rencontré plusieurs jeunes gens. Chaque fois, c’était la même description : beau, érudit, et au moins un arrière-grand-père rabbin en Pologne.
Aucun ne lui avait plu.
Et puis Nahoum.

La première rencontre a eu lieu, comme il se doit, dans la salle à manger de la marieuse. Assis de part et d’autre de la table, ils ont échangé quelques paroles, pendant que la shadchen et sa soeur entraient, sortaient, s’agitaient autour d’eux, leur versaient du coca-cola, tout en faisant semblant de ne pas les voir. Cela a duré un quart d’heure. La table était couverte d’une toile cirée beige, imitation damas. Il y avait la bouteille de coca-cola et deux verres en plastique. Nahoum a dit à Esther qu’il travaillait chaque matin dans le magasin d’électroménager de son père, et qu’il étudiait dans une yeshiva tous les après-midi. Elle lui a dit qu’elle avait terminé ses études secondaires l’année précédente, et qu’elle travaillait à mi-temps dans un jardin d’enfants. Il a dit qu’il avait trois jeunes frères, elle a dit qu’elle avait deux frères et deux soeurs.

Ce qui a plu à Esther, qui avait déjà passé un certain nombre de quarts d’heure de ce genre, et qui avait l’impression de commencer à connaître le terrain, c’est qu’il ne l’a pas étourdie par de longues et volubiles descriptions de leur nouvelle ligne de frigos ou d’aspirateurs, ni essayé de lui expliquer le fonctionnement des puces électroniques.

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La shadchen, la marieuse professionnelle, quand elle avait téléphoné à Esther pour lui proposer la rencontre, avait, comme il est d’usage, insisté sur les qualités morales du jeune homme, sur son érudition, et sur le fait que deux de ses ancêtres avaient été de grands rabbins, là-bas, en Pologne. Et puis, avait-elle ajouté, il est joli garçon, ce qui ne gâche rien.
Esther avait déjà rencontré plusieurs jeunes gens. Chaque fois, c’était la même description : beau, érudit, et au moins un arrière-grand-père rabbin en Pologne.
Aucun ne lui avait plu.
Et puis Nahoum.

La première rencontre a eu lieu, comme il se doit, dans la salle à manger de la marieuse. Assis de part et d’autre de la table, ils ont échangé quelques paroles, pendant que la shadchen et sa soeur entraient, sortaient, s’agitaient autour d’eux, leur versaient du coca-cola, tout en faisant semblant de ne pas les voir. Cela a duré un quart d’heure. La table était couverte d’une toile cirée beige, imitation damas. Il y avait la bouteille de coca-cola et deux verres en plastique. Nahoum a dit à Esther qu’il travaillait chaque matin dans le magasin d’électroménager de son père, et qu’il étudiait dans une yeshiva tous les après-midi. Elle lui a dit qu’elle avait terminé ses études secondaires l’année précédente, et qu’elle travaillait à mi-temps dans un jardin d’enfants. Il a dit qu’il avait trois jeunes frères, elle a dit qu’elle avait deux frères et deux soeurs.

Ce qui a plu à Esther, qui avait déjà passé un certain nombre de quarts d’heure de ce genre, et qui avait l’impression de commencer à connaître le terrain, c’est qu’il ne l’a pas étourdie par de longues et volubiles descriptions de leur nouvelle ligne de frigos ou d’aspirateurs, ni essayé de lui expliquer le fonctionnement des puces électroniques.

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