Lettre à elle et lui  -   Info

 

[/Paris, 14 Février,/]

Chère Mademoiselle,

Savez-vous que vous m’aimez ? Oui, c’est vrai, vous ne me connaissez pas.
Moi, je l’ai découvert vendredi dernier lorsque vous avez laissé tomber votre ticket de caisse au supermarché. J’ai longuement analysé le détail de vos achats. Nous aimons les mêmes choses et, comme je m’aime beaucoup, vous m’aimez de même. L’argument, j’en conviens, semble un peu léger mais les lourdeurs, en amour, sont à éviter.

J’ai été très étonné par votre achat d’une bouteille de whisky de 15 ans d’âge. Il est très cher mais, franchement, il ne vaut pas son prix. J’imagine que vous avez acheté cette bouteille pour le type en voiture de sport (Gontrand, c’est bien ça ?) qui vient parfois vous chercher à la sortie de vos cours. Ce garçon est bien dans le genre à préférer la marque au goût. Dans ses vêtements chics, il paraît bien. Mais vous savez que paraître n’est pas être et que nul n’est par l’apparence. Un bijou doré n’a pas toujours un cœur d’or. Par exemple, ma valeur est dissimulée sous une enveloppe grossière, comme l’améthyste et l’ananas.

C’est ainsi que, depuis vendredi dernier, je sais que vous m’aimez sans me connaître, ce qui est préférable à me connaître sans m’aimer. De toute façon, vous aurez bientôt l’occasion de me rencontrer, après votre rupture avec Gontrand. Vous n’avez pas l’intention de rompre ? Avez-vous pensé que lui pourrait se lasser de vous ? En tout cas, cela ne m’arrivera pas lorsque j’aurai le bonheur de vivre auprès de vous.

D’ailleurs, hier soir, Gontrand a rencontré une femme qui… enfin, il vous racontera cela mieux que moi, qui n’ai pas pu les suivre au-delà du 3ème étage. J’ai tout de même entendu le plop caractéristique de l’ouverture d’une bouteille de Champagne et des rires de bonheur partagé.
Mais assez avec Gontrand qui est déjà quasiment sorti de votre vie et de la mienne. Parlons plutôt de nous.

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[/Paris, 14 Février,/]

Chère Mademoiselle,

Savez-vous que vous m’aimez ? Oui, c’est vrai, vous ne me connaissez pas.
Moi, je l’ai découvert vendredi dernier lorsque vous avez laissé tomber votre ticket de caisse au supermarché. J’ai longuement analysé le détail de vos achats. Nous aimons les mêmes choses et, comme je m’aime beaucoup, vous m’aimez de même. L’argument, j’en conviens, semble un peu léger mais les lourdeurs, en amour, sont à éviter.

J’ai été très étonné par votre achat d’une bouteille de whisky de 15 ans d’âge. Il est très cher mais, franchement, il ne vaut pas son prix. J’imagine que vous avez acheté cette bouteille pour le type en voiture de sport (Gontrand, c’est bien ça ?) qui vient parfois vous chercher à la sortie de vos cours. Ce garçon est bien dans le genre à préférer la marque au goût. Dans ses vêtements chics, il paraît bien. Mais vous savez que paraître n’est pas être et que nul n’est par l’apparence. Un bijou doré n’a pas toujours un cœur d’or. Par exemple, ma valeur est dissimulée sous une enveloppe grossière, comme l’améthyste et l’ananas.

C’est ainsi que, depuis vendredi dernier, je sais que vous m’aimez sans me connaître, ce qui est préférable à me connaître sans m’aimer. De toute façon, vous aurez bientôt l’occasion de me rencontrer, après votre rupture avec Gontrand. Vous n’avez pas l’intention de rompre ? Avez-vous pensé que lui pourrait se lasser de vous ? En tout cas, cela ne m’arrivera pas lorsque j’aurai le bonheur de vivre auprès de vous.

D’ailleurs, hier soir, Gontrand a rencontré une femme qui… enfin, il vous racontera cela mieux que moi, qui n’ai pas pu les suivre au-delà du 3ème étage. J’ai tout de même entendu le plop caractéristique de l’ouverture d’une bouteille de Champagne et des rires de bonheur partagé.
Mais assez avec Gontrand qui est déjà quasiment sorti de votre vie et de la mienne. Parlons plutôt de nous.

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