La dernière bêtise du p’tit mathieu  -   Pierre-Olivier Fineltin Info

 

Le p’tit Mathieu était un sale moutard. Au village, tout le monde, un jour ou l’autre lui a filé une tarte. Même le curé, pourtant débonnaire, lui a plus d’une fois mouché le nez avec le doigt qui était dedans. Ses parents étaient désespérés : chaque visite à l’instituteur se terminait en raclée. Le p’tit Mathieu, lui, il s’en foutait. Il passait ses journées à rêvasser dans les champs. On l’entendait chanter des airs qui lui passaient par la tête. Les vieux disent qu’il courait dans les bois avec les loups et les sangliers. L’arrière-grand-père, paraît-il, était un sorcier. Il n’avait pas son pareil pour trouver de l’eau et faire fuir les taupes. Attention à qui lui cherchait noise : je n’en dis pas plus car ceux qui savent se taisent.

Un jour, le p’tit Mathieu faisait, une fois de plus, l’école buissonnière. Le Père Marcel travaillait dans son champ près du ruisseau. Il répandait des kilos d’engrais interdits par Bruxelles pour faire pousser quelque chose sur cette terre acide. Du coin de l’œil, il surveillait le p’tit Mathieu qui se baladait, un jonc entre les dents. Mathieu s’est assis au bord du ruisseau, là où il y a une sorte de petit lac. Comme il était sur un tas de cailloux, il a commencé à faire des ricochets. Et puis, il a jeté ses cailloux de plus en plus haut. Il les lançait au-dessus de lui et riait en les évitant quand ils retombaient.
“ Tu vas te faire mal, petit con, a dit Marcel.
— Attention ! Je viens d’en lancer un. ”

Ils s’écartèrent tous les deux. Le petit point brillait dans l’azur. Il allait retomber. Marcel mâchonnait sa moustache, bien décidé à administrer une sacrée volée dès que le danger serait passé. Mais le caillou ne tomba pas. Marcel enleva sa casquette pour se gratter la tête. Il avait beau regarder là-haut, le point noir ne bougeait plus. Il haussa les épaules et dit :
“ Fais attention, tu finiras par blesser quelqu’un. ” Il fit quelques pas et se retourna. Le caillou était toujours là-haut.
“ Dès qu’il y a une bêtise à faire, le p’tit Mathieu n’est pas loin ” murmura Marcel en retournant à ses engrais.

Le p’tit Mathieu comprit qu’il l’avait échappé belle. Marcel a la main lourde. Pourtant, il avait bien envie d’en lancer un autre. Il rêvait d’envoyer tout le tas de pierres là-haut. Il bâtirait un château fort avec un pont-levis et des créneaux. Il y habiterait et jetterait des pierres sur tous ceux qui s’approcheraient.

Previous Page Next Page
 

Le p’tit Mathieu était un sale moutard. Au village, tout le monde, un jour ou l’autre lui a filé une tarte. Même le curé, pourtant débonnaire, lui a plus d’une fois mouché le nez avec le doigt qui était dedans. Ses parents étaient désespérés : chaque visite à l’instituteur se terminait en raclée. Le p’tit Mathieu, lui, il s’en foutait. Il passait ses journées à rêvasser dans les champs. On l’entendait chanter des airs qui lui passaient par la tête. Les vieux disent qu’il courait dans les bois avec les loups et les sangliers. L’arrière-grand-père, paraît-il, était un sorcier. Il n’avait pas son pareil pour trouver de l’eau et faire fuir les taupes. Attention à qui lui cherchait noise : je n’en dis pas plus car ceux qui savent se taisent.

Un jour, le p’tit Mathieu faisait, une fois de plus, l’école buissonnière. Le Père Marcel travaillait dans son champ près du ruisseau. Il répandait des kilos d’engrais interdits par Bruxelles pour faire pousser quelque chose sur cette terre acide. Du coin de l’œil, il surveillait le p’tit Mathieu qui se baladait, un jonc entre les dents. Mathieu s’est assis au bord du ruisseau, là où il y a une sorte de petit lac. Comme il était sur un tas de cailloux, il a commencé à faire des ricochets. Et puis, il a jeté ses cailloux de plus en plus haut. Il les lançait au-dessus de lui et riait en les évitant quand ils retombaient.
“ Tu vas te faire mal, petit con, a dit Marcel.
— Attention ! Je viens d’en lancer un. ”

Ils s’écartèrent tous les deux. Le petit point brillait dans l’azur. Il allait retomber. Marcel mâchonnait sa moustache, bien décidé à administrer une sacrée volée dès que le danger serait passé. Mais le caillou ne tomba pas. Marcel enleva sa casquette pour se gratter la tête. Il avait beau regarder là-haut, le point noir ne bougeait plus. Il haussa les épaules et dit :
“ Fais attention, tu finiras par blesser quelqu’un. ” Il fit quelques pas et se retourna. Le caillou était toujours là-haut.
“ Dès qu’il y a une bêtise à faire, le p’tit Mathieu n’est pas loin ” murmura Marcel en retournant à ses engrais.

Le p’tit Mathieu comprit qu’il l’avait échappé belle. Marcel a la main lourde. Pourtant, il avait bien envie d’en lancer un autre. Il rêvait d’envoyer tout le tas de pierres là-haut. Il bâtirait un château fort avec un pont-levis et des créneaux. Il y habiterait et jetterait des pierres sur tous ceux qui s’approcheraient.

page précédente
sur 5
Page suivante
Next
Next